FORUM EXPLOITATIONS PAYSANNES Dakar 2012

Les exploitations familiales agricoles sont les principales pourvoyeuses de nourriture et de richesses en Afrique de l’Ouest


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Concrétiser tout le potentiel des exploitations familiales agricoles

Au terme des 3 jours d’exposés, de réflexions et de débats, les participants au Forum de Dakar ont finalisé une déclaration qu’ils entendent diffuser largement dans le mouvement paysan et auprès des autorités ouest-africaines impliquées dans le développement rural et agricole.

Nous vous en proposons ici quelques extraits, l’ensemble de la déclaration étant jointe en annexe à l’article, en français et en anglais.

“Nous, représentants des organisations paysannes et des producteurs agricoles membres du CNCR et des autres plates-formes nationales membres du ROPPA, réunis du 20  au 22 Novembre 2012, à Dakar, avec des responsables  de services techniques,  et des partenaires techniques et financiers  dans le cadre du Forum international« Les exploitations familiales agricoles sont les principales pourvoyeuses de nourriture et de richesses en Afrique de l’ouest » :

confirmons l’importance du rôle actuel et du potentiel des exploitations familiales agricoles,

 constatons aussi que :

  • les exploitations familiales agricoles connaissent un certain nombre de contraintes liées à un environnement socio-économique défavorable ;
  • les exploitations familiales agricoles n’ont pas encore exprimé tout leur potentiel et disposent encore d’une marge de progression pour accroître considérablement leur contribution dans les différentes fonctions de l’agriculture à savoir : nourrir les populations, la création de richesses et d’emplois et la gestion durable des ressources naturelles.

 refusons et condamnons :

  • les processus d’accaparement de nos ressources naturelles (terre, eaux, forêts…) au profit d’autres acteurs adeptes de l’agro-industrie qui freinent le développement du potentiel des exploitations familiales agricoles et compromettent l’avenir des générations futures ;
  • les choix de politiques qui donneraient la priorité à l’agro-business au détriment de l’agriculture familiale dans les choix d’investissements publics ;
  • les programmes de développement et de croissance élaborés sans une concertation et des négociations avec les exploitations familiales à travers leurs organisations paysannes et sans référence aux PNIA et PRIA et autres politiques sectorielles définies de manière concertée avec l’ensemble des acteurs.

 appelons les Etats de la CEDEAO et l’ensemble des acteurs du développement agricole et rural à accorder une haute importance à nos recommandations suivantes :

  • Donner la priorité au développement du potentiel des exploitations familiales agricoles dans les investissements publics ;
  • Arrêter les projets et mesures soutenant la marchandisation des terres et leurs attributions à des promoteurs privés nationaux et internationaux au détriment des exploitations familiales. Ce phénomène d’accaparement des terres engendre l’exclusion de plusieurs millions de paysans de l’activité de production et/ou les réduit soit à de simples ouvriers agricoles, soit à des chômeurs.
  • Sécuriser l’accès des ressources au profit des exploitations familiales agricoles grâce à des investissements structurants ;
  • Favoriser l’expression du potentiel des exploitations familiales agricoles dans la recherche de la souveraineté alimentaire, la création d’emplois et de richesses, la construction et la protection de notre marché communautaire en Afrique de l’Ouest ;
  • Prendre en compte la place et le rôle prépondérant des exploitations familiales agricoles dans la mise en œuvre des politiques agricoles conformément aux textes de politiques agricoles sous-régionales ;
  • Impliquer et responsabiliser les organisations paysannes dans l’élaboration, la mise en œuvre, le suivi et l’évaluation des politiques et programmes de développement agricole et rural,

Il est aujourd’hui plus que nécessaire que  les acteurs se mettent ensemble pour donner des réponses à la problématique suivante :

Quels investissements, pour quels systèmes de production, pour quels produits, pour quels marchés et au profit de qui ?”

Déclaration Finale Forum Dakar CNCR

Final Statement Forum Dakar CNCR


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Propos et interventions au Forum J3

Les débats et interventions furent très nombreux durant les 3 jours du Forum de Dakar organisé par le CNCR en partenariat avec le ROPPA. Voici une dernière livraison de propos tenus par les participants.

“Il n’y aura pas de sécurité alimentaire en Afrique de l’Ouest sans une protection de ses marchés agricoles.”

“Le déficit alimentaire de l’Afrique de l’Ouest est croissant depuis 2000. En passant de 371 millions à 3,4 milliards de FCFA entre 2000 et 2010, ce déficit a été multiplié par 9!”

“Le discours de la “volatilité des prix est un discours mystificateur. Il faut parler de “flambée des prix des produits alimentaires. Et ce n’est pas prêt de s’arrêter.”

“Plus les pays sont développés et plus leurs droits de douane sur les produits alimentaires de base sont élevés.”

“Pour ce qui est de l’avenir, il ne s’agit pas de l eprévoir mais d ele rendre possible.” A. de Saint Exupéry.

“Les politiques néo-libérales ont entraîné une paupérisation croissante des petits producteurs agricoles en Afrique.”

“Dans l’accaparement des terres, ce n’est pas les investissements qui sont en cause, mais les modèles d’affaires.”

“Si tu n’es pas prêt à aller en prison ou à mourir pour garder ta terre, un jour ou l’autre, on viendra te la prendre.”

“Les mobilisations paysannes ne pourront atteindre des résultats que si les paysans restent unis derrière leurs organisations.”

 

 


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Accaparements de terre, ruées vers l’eau !

Le phénomène, maintenant très largement observé dans de nombreux pays du Sud, d’accaparement de terre est également observable au Sénégal.

Que ce soit le fait d”investisseurs” nationaux ou internationaux, les projets se multiplient avec des vocations diverses: l’agriculture, les biocarburants ou le tourisme. Fragilisées dans la reconnaissance de leurs titres fonciers, les exploitations familiales sont les premières victimes de ces spoliations organisées et souvent soutenues par des dignitaires locaux.

De nombreux paysans sont venus témoigner, avec émotion, des “initiatives” prises dans leurs communautés respectives. “Si tu n’es pas prêt à aller en prison ou à mourir pour garder ta terre, tôt ou tard, tu la perdras”, a affirmé avec force l’un d’entre eux.

L’étude des cas d’accaparement effectuée par le bureau IPAR a observé que ceux-ci étaient très souvent liés en fait à la garantie d’un accès à l’eau … tellement nécessaire à l’agriculture, qu’elle soit destinée à la production de nourriture ou de carburant.

Les auteurs de l’étude concluent leur approche par quelques observations et préconisent une stratégie :

  • C’est moins l’investissement qui est remis en cause, mais le type de modèles d’affaires.
  • Former les collectivités locales à l’application d’une bonne gouvernance locale : l’obligation de rendre compte, la transparence, l’efficacité et l’efficience, la réceptivité, la prospective et la primauté du droit.
  • Assurer une consultation éclairée et préalable des populations dans tout processus d’investissement dans le foncier.
  • Assurer une légitimité (acceptation sociale) des investissements en intégrant toutes les parties prenantes.
  • Reconnaître des droits réels aux producteurs familiaux.

Ce à quoi le CNCR a répondu par de propositions paysannes très concrètes d’aménagement de la loi foncière sénégalaise qui sont reprises dans le document annexé.

Panel 6 Accaparement des terres Forum Dakar

Panel 6 Propositions paysannes réforme foncière Forum Dakar


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Les défis d’une agriculture familiale menacée

Au cours du sixième panel du Forum, plusieurs exposés ont attiré l’attention des participants sur les menaces qui pèsent sur l’avenir des exploitations familiales agricoles, spécialement sur les exploitations africaines.

Pourquoi ces menaces sont-elles plus aigües pour les exploitations agricoles familiales africaines ? Tout simplement parce tout en étant parmi les plus fragiles, elles sont les exploitations agricoles les plus concurrencées par le marché mondial. Les économies africaines et tout spécialement les économies ouest-africaines sont en effet les économies les plus ouvertes en ce qui concerne les produits alimentaires. Les taux d’imposition des importations de produits agricoles en Afrique de l’Ouest se situent dans une fourchettes de 5 à 35%, cette dernière tranche étant exceptionnellement d’application … En Europe, les taux d’imposition sur les produits alimentaires importés se situent entre 50 ( pour les céréales) et 87% (poudre de lait).

Si on ajoute le différentiel de compétitivité entre l’agriculture occidentale et l’agriculture africaine et les milliards € de subventions directes et indirectes attribuées à l’agriculture européenne, on comprend pourquoi les exploitations familiales agricoles ouest-africaines ont tellement de mérite à être encore actives sur leurs marchés !

Mais ce constat peu favorable aux exploitations familiales peut être aisément renversé. Plusieurs propositions très précises sont venues éclairer le futur des exploitations familiales. leur mise en œuvre nécessite une volonté politique forte, tant au plan national que régional. Les organisations paysannes se sont engagées à forcer les responsables politiques à prendre des mesures d’appui à ces exploitations, sur lesquelles repose la sécurité alimentaire de toute la région … Comme le soulignait le Président du CNCR à l’occasion du Forum: “On ne confie pas sa sécurité alimentaire à des spéculateurs.”

Panel 5 Protection des marchés agricoles

Panel 5 Réflexions et défis des mouvements paysans

Panel 5 L agriculture menacée


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“La faim tue”

A l’occasion de la clôture du Forum « Les exploitations familiales agricoles sont les principales pourvoyeuses de nourriture et de richesses en Afrique de l’Ouest », le CNCR va organiser une conférence de presse à son siège cité CICES à 15 H  pour s’exprimer sur la situation agricole du pays et sur l’élaboration des programmes agricoles en cours.
Cette conférence de presse sera suivie par la présentation  à la presse du livre de  l’ambassadeur Jean Feyder “La faim tue”.

En effet, la faim tue, chaque jour, 25 000 personnes, surtout des enfants. Chaque sixième personne dans le monde n’est pas en mesure de s’alimenter convenablement. Violation flagrante et quotidienne du droit fondamental à la vie et du droit à l’alimentation ! Secoué par la crise alimentaire qui a éclaté en 2008, le monde reste menacé par le spectre de la malnutrition et des émeutes de la faim. En 2009, et pour la première fois, le nombre de ceux qui souffrent de faim et de malnutrition a dépassé le milliard.
L’engagement pris par la communauté internationale en 2000 de réduire de moitié, d’ici 2015, le nombre des affamés est de moins en moins respecté.

Dans son livre, Jean Feyder montre que ce sont avant tout les populations rurales qui sont les victimes de ce fléau. Il analyse les causes profondes de cette crise et les stratégies erronées mises en place par les organisations financières internationales qui avantagent les élites et les intérêts économiques et financiers toujours plus puissants.  L’auteur préconise un autre modèle de développement apte à assurer le droit à l’alimentation pour tous en réservant une nouvelle priorité à une agriculture vivrière et  durable en s’appuyant sur une régulation adéquate des marchés.

L’Union Européenne aurait intérêt à repenser sa politique agricole et commerciale assurant ainsi également à ses relations avec le Sud un minimum de cohérence.

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