FORUM EXPLOITATIONS PAYSANNES Dakar 2012

Les exploitations familiales agricoles sont les principales pourvoyeuses de nourriture et de richesses en Afrique de l’Ouest

Forum Dakar novembre 2012

Les analyses produites sur l’agriculture familiale ouest-africaine mettent l’accent sur un certain nombre de supposés handicaps qui limitent ses capacités à faire face au défi de nourrir les populations en forte croissance.

Les reproches faits à l’agriculture familiale et aux exploitations agricoles familiales, sans être exhaustifs, concernent :

  • leur nombre, leur dispersion, leur taille réduite et leur inorganisation ;
  • leur faible compétitivité du fait de l’insuffisante utilisation d’intrants de qualité et d’innovations technologiques ;
  • leur faible capacité d’investissement ;
  • leur insuffisante connexion au marché du fait de leur faible implication dans les chaînes de valeur

Le Forum souhaite démontrer que ces reproches sont des «à priori» bien loin des réalités économiques et sociales. Les thèmes qui seront abordés seront :

Les organisations paysannes, structurées à différents niveaux, ont positivement fait avancer l’agriculture ouest-africaine ;

  1. Les exploitations agricoles familiales et leurs organisations ont positionné plusieurs filières agricoles comme des plus performantes au niveau mondial
  2. Les exploitations agricoles familiales sont quasiment seules dans l’accroissement des capitaux de plusieurs sous-secteurs agricoles
  3. Dans plusieurs filières agricoles, la couverture des besoins des industries agro-alimentaires et des consommateurs est assurée en grande partie par les exploitations agricoles familiales

En Afrique de l’Ouest, un consensus est, aujourd’hui, obtenu sur l’importance primordiale et stratégique de l’agriculture comme base principale de la sécurité alimentaire, de la croissance économique durable et de la génération d’emplois. Les exploitations agricoles qui concourent à la vitalité de ce secteur agricole  sont  entre 80 et 90% des exploitations agricoles de type familial.

En effet, l’agriculture contribue pour 35% au Produit Intérieur Brut Régional et elle est également une des bases principales des capacités exportatrices des Etats, permettant ainsi de faire face au service de la dette et de financer en grande partie les importations de biens. Au plan de l’emploi, le secteur agricole concentre 60% de la population active malgré la faible rémunération des actifs agricoles comparativement aux autres secteurs de l’économie.

Au plan de la sécurité alimentaire, 80% des besoins alimentaires de la population de la région sont couverts par les productions domestiques. Les importations de produits agro-alimentaires représentent en volume moins de 5% de la production agricole de la région. Cette performance peut s’expliquer en grande partie par les investissements et les efforts d’organisation des exploitations agricoles familiales qui sont parvenues, par exemple, dans la zone sahélienne enclavée, à intensifier la production céréalière et dans la zone forestière à améliorer les rendements des racines et tubercules.

Plusieurs études récentes ont mis en évidence la vitalité de l’agriculture dans la région. Sur la période des 25 dernières années marquée par des crises des politiques publiques (ajustement structurel) de l’économie et de la finance, et plus récemment la crise alimentaire, l’offre de productions agricoles et animales de la région n’a cessé d’augmenter.

Ainsi, les produits vivriers qui sont le socle de la nourriture des populations ont vu leur volume multiplier par 3,5 passant de 59 millions de tonnes en 1980 à 212 millions de tonnes en 2006[1]. La même tendance de croissance a été observée pour les légumes, les produits maraîchers, sous-secteur au niveau duquel, les exploitations agricoles familiales, ont su, sur la période, fournir des réponses pertinentes à la demande croissante des ménages urbains. La production animale a également suivi la même tendance : aussi bien les bovins, les petits ruminants que la volaille ont augmenté leurs effectifs.

En réexaminant attentivement l’évolution du secteur agricole sur ces 25 dernières années, l’on remarque donc aisément que la région de l’Afrique de l’Ouest a su bien exploiter ses capacités de production malgré un environnement économique, institutionnel et politique pas toujours favorable et incitatif. La croissance de la production agricole a toujours, sur cette période, été plus forte que celle de la population.

Bien que les importations de produits agro-alimentaires tant en volume (-5% de la production domestique) qu’en valeur (10% de la valeur des importations) soient en apparence peu importantes, il reste qu’elles exercent une forte concurrence vis-à-vis des productions locales (céréales, viandes, lait, huile, sucre, etc.) plaçant ainsi la région dans une situation de dépendance.

Face à tout cela, la région dispose d’un potentiel productif important et encore insuffisamment mis en valeur. En effet, la diversité des écosystèmes au sein de l’espace de la CEDEAO est un atout majeur pour des productions diversifiées, complémentaires et donc une base très large pour dynamiser les échanges entre les pays.

Les disponibilités foncières sont encore importantes : annuellement, 55 millions d’hectares sont mis en valeur, soit 24% des superficies cultivables. La valorisation interne de cette richesse potentielle est encore entravée par l’insuffisance des moyens de travail –ce qui limite la superficie travaillée par actif à 1,04 hectare alors qu’elle aurait pu atteindre 4,44 ha-[2] et par une utilisation encore faible d’intrants de qualité –semences certifiées, engrais-.

Mais la plus forte contrainte demeure le financement de l’agriculture. Les exploitations agricoles familiales qui assurent 90% de la production agricole, animale et halieutique sont handicapées pour accéder au crédit à court, moyen et long terme. Les récentes politiques d’ajustement structurel des années 90 ont fini par tuer les banques de développement, privant ainsi les Etats d’instruments et de mécanismes adaptés pour le financement de l’agriculture.

Enfin, les Etats à la suite de ces politiques d’ajustement structurel, ont continué de soutenir les filières d’exportation totalement orientées vers la satisfaction de besoins externes à la région, abandonnant les productions domestiques qui ont peu bénéficié d’efforts en matière de recherche agricole, d’innovations variétales, de soutiens pour l’organisation des acteurs et de financement.

Face à toutes ces entraves, les Organisations Paysannes ont su, depuis la fin des années 90, insuffler une nouvelle dynamique qui explique en grande partie les performances et les avancées notées aussi bien dans la production que dans l’élaboration et la mise en œuvre des politiques.

En effet, depuis 2000, avec la création du ROPPA (Réseau des Organisations Paysannes et de Producteurs Agricoles de l’Afrique de l’Ouest), les Organisations Paysannes ont été de plus en plus impliquées dans la préparation et la négociation des politiques de développement agricole tant au niveau régional que national. Dans certains pays, les Organisations Paysannes ont conduit, avec succès, la renaissance de certaines filières (oignon, horticoles, arachide, riz, mil, etc…) et ont également pris une part active et parfois décisive dans la réforme des services agricoles, notamment de la recherche et du conseil agricoles. Ces avancées ont pu se faire grâce à des dynamiques de collaboration d’abord entre les OP et les Etats par le biais de conventions de rétrocession de fonds publics, de délégations de maîtrise d’ouvrage pour conduire l’exécution de programmes publics de développement mais aussi par l’intermédiaire de négociations sur des textes de lois et de règlements pour modifier l’architecture institutionnelle de l’administration de l’agriculture.

Des partenariats ont aussi été noués avec les autres acteurs du secteur privé, notamment les industriels transformateurs par le biais de la contractualisation. Tous ces acquis ont été plus ou moins, régulièrement mis en cause et ont donc poussé les Organisations Paysannes à mener des combats longs et parfois difficiles pour amener les Etats à réorienter leurs politiques et stratégies et à stabiliser leurs relations avec les OP.

La récente crise alimentaire de 2008 et les perspectives peu rassurantes de la production agricole mondiale du fait d’une demande en hausse de pays émergents et d’une saturation des terroirs des pays développés ont mis au premier plan de l’agenda international le soutien à l’agriculture africaine.

Dans ce sens, des initiatives multiples ont été prises : le PDDAA comme une réponse endogène des africains pour prendre eux-mêmes en charge la maîtrise de la croissance et de l’organisation du secteur agricole, le G8 plus récemment en encourageant l’afflux de capitaux privés étrangers, les initiatives de multiples fondations et donations pour accélérer une exploitation plus intensive des ressources et des potentiels naturels.

C’est dans cette dernière perspective que s’inscrit une nouvelle démarche faisant la promotion du concept «Partenariat Public-Privé » ou de l’agro-business. Cette démarche ne semble pas se dérouler dans le cadre d’une concertation impliquant tous les acteurs et s’évertue souvent à remettre en cause la place, le rôle et les contributions que les exploitations agricoles familiales ont toujours représenté et apporté au développement agricole et rural.

Ensuite, cette nouvelle démarche est tout à fait en contre-sens de l’histoire agricole du monde qui démontre à suffisance que l’agriculture dans tous les pays où elle a pu se développer, a été porté par les systèmes d’exploitation agricole  endogènes. Enfin, la nouvelle démarche est source de potentiels conflits résultant d’exclusions, de précarité et de pauvreté comme conséquences de sa mise en œuvre.

Le CNCR (Conseil National de Concertation et de Coopération des Ruraux) du Sénégal, constatant les dangers d’une telle démarche souhaite mieux documenter les apports, la place et le rôle des exploitations agricoles familiales dans le développement agricole et rural et notamment dans la réalisation des objectifs d’une agriculture nourricière des populations, génératrice de revenus décents aux exploitants agricoles familiaux et durablement conduite pour le bénéfice des générations futures.

En concertation avec le ROPPA, le CNCR souhaite élaborer et soumettre aux Etats et aux organismes d’intégration régionale (CEDEAO et UEMOA) des propositions de mesures et d’actions susceptibles de consolider et d’élargir les performances des exploitations agricoles familiales dans la perspective de la souveraineté alimentaire de la région.

Pour ce faire, le CNCR en association avec le ROPPA, organise un forum international intitulé «LES EXPLOITATIONS FAMILIALES AGRICOLES SONT LES PRINCIPALES POURVOYEUSES DE NOURRITURE ET DE RICHESSES EN AFRIQUE DE L’OUEST » 


[1] FARM – Les potentialités agricoles de l’Afrique de l’Ouest- Février 2008

[2] FARM – Les potentialités agricoles de l’Afrique de l’Ouest- Février 2008

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